CAFE LITTERAIRE DU 15 DECEMBRE 2022

Anna HOPE : Le Rocher Blanc

Un lieu, quatre siècles, une odyssée audacieuse et irrésistible au cœur de l’histoire de la civilisation occidentale. Entre permanence de la nature et rêve et folie des hommes. Comment une dizaine d’individus du monde entier se sont-ils retrouvés à l’intérieur d’un minibus aux confins du Mexique, en compagnie d’un chaman ? et en pleine crise du Covid ! Autour de ce rocher se sont déroulés d’autres histoires qui pourraient bien les influencer. Quatre histoires : celle de l’écrivaine qui se passe en 2020, qui tente de prendre soin de sa fille, tout en réfléchissant à la course du monde et à l’écriture de son prochain roman ; celle de Jim Morisson se déroule en 1969 deux ans avant sa mort ; celle de la fille, une jeune Yoeme, indigène amérindienne victime de déportation en 1907 et celle du lieutenant à la tête d’une flotte espagnole en 1775. Le rocher blanc, élément immuable du temps.

Kelley et Thomas  FRENCH : Juniper, une petite fille née trop tôt. Livre paru aux Etats Unis en 2017

K. et T. French désirait un enfant et après des années d’attente Juniper s’annonce. Mais elle nait bien trop tôt, à seulement 23 semaines de gestation – moins de 6 mois. De la taille d’une poupée Barbie, elle ne pèse que 567 grammes. Avec un visage plus petit qu’une balle de tennis, une peau encore translucide qui laisse voir battre son cœur, elle oscille dangereusement entre la vie et la mort à chaque minute qui s’écoule. Si elle survit, elle sera peut-être atteinte de séquelles irréversibles. Quelle pourrait être alors la plus grande preuve d’amour de ses parents ? La laisser vivre ou la laisser partir ? Les parents choisissent de se battre pour elle, avec elle. Dans ce récit bouleversant, les auteurs, à tour de rôle et en montrant leur différence de ressenti,  explorent l’origine de la vie, la frontière entre ce qui est possible de faire d’un point de vue médical et ce qu’il convient de faire sur le plan humain. Ils explorent les liens qui unissent un enfant à sa mère, un mari à sa femme, leurs doutes, leurs espoirs, leurs joies et leurs craintes. Ensemble ils retracent l’histoire de leur famille depuis une rencontre improbable jusqu’à la survie miraculeuse d’une petite fille qui se bat déjà contre la mort alors même qu’elle n’aurait pas encore dû naître.

Gwenaelle ROBERT : Le dernier des écrivains – polar – collection de roman autour d’une ville, ici : Saint Malo

A Saint Malo un écrivain a disparu. Pourtant il venait d’être nommé pour le prix Nobel de Littérature. Que s’est-il passé ? Roman autour de la ville de Saint Malo. Satire du monde de l’édition.

Antoine WAUTERS : Mahmoud et la montée des eaux

Récit poétique écrit en vers libres. Syrie, un vieil homme rame à bord d’une barque, seul au milieu d’une immense étendue d’eau. En dessous de lui, sa maison d’enfance engloutie par la construction du barrage de Tagba en 1973. En fermant les yeux sur la guerre qui gronde, munit d’un masque et d’un tuba, il plonge. Et c’est sa vie entière qui revoit, ses enfants au temps où ils n’étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme, folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté. Beauté et poésie de l’écriture de A. Wauters. Être syrien dans le contexte actuel, puissance des mots pour désigner le mal.

Mohammad MBOUGAR SAR : De purs hommes 

Tout part d’une vidéo virale au Sénégal : on y voit comment un cadavre est déterré, puis trainé hors du cimetière par la foule. Dès qu’il la visionne Ndéne Gueye, jeune professeur de lettres, déçu par l’enseignement universitaire et fatigué de l’hypocrisie morale de sa société, devient préoccupé voir obsédé par cet évènement. De qui s’agissait-il ? pourquoi avoir exhumé ce’ corps. A ces questions une seule réponse : c’était un goor-jigéen, un homme-femme, autrement dit un homosexuel. Ndéné se met à la recherche du passé de cet homme. Autour de lui, dans le milieu universitaire comme au sein de sa propre famille, les suspicions et les rumeurs naissent. Roman bouleversant sur la seule grande question qui vaille aux yeux de son héros : comment trouver le courage d’être pleinement soi-même sans se trahir, ni se mentir et quel qu’en soit le prix.

Benoit GALLOT : La Vie secrète d’un cimetière 

Le cimetière du Père-Lachaise (du nom du prêtre confesseur de Louis XIV) est le plus grand espace vert de Paris intra-muros, le plus visité du monde. Parmi ses quelques 70 000 sépultures figurent celles de Molière, Jean de la Fontaine, Edith Piaf, Oscar Wilde et tant d’autres célébrités. Conservateur du lieu,

 l’auteur y vit avec sa femme et ses enfants. Il arpente sans relâche ses allées aux 4 000 arbres de 80 espèces différentes. Il note les évolutions des monuments et des épitaphes.  Il apprend à connaître la soixantaine d’espèces d’oiseaux qui y nichent. Un soir d’avril 2020 il fait la rencontre insolite d’une boule de poils rousse qui sort d’un buisson : des renards au cœur de la capitale. Il commence à prendre des photos de la faune et de la flore et après de nombreuses sollicitations, il décide d’écrire ce livre pour raconter la vie secrète d’un cimetière, son quotidien tour à tour insolite, poignant ou étonnant. Il rend hommage aux gardiens, fossoyeurs, cantonniers et autres travailleurs de l’ombre qui s’activent pour qu’à la Toussaint, les usagers n’aient plus qu’à changer l’eau des fleurs.

François BIZOT : Le Portail

 Récit de l’auteur, un archéologue membre de l’Ecole Française de l’Extrème -Orient,. Il y raconte en deux épisodes les évènements qu’il a vécus avec les Khmers Rouges. Le premier épisode décrit sa capture au début des années 1970par la guérilla khmer et sa captivité de trois mois lors de laquelle est interrogé par Kang Kek leu, plus tard connu sous le nom de Douch. Le deuxième épisode décrit la prise de Phnom Penh par les Khmers Rouges en 1975 et les derniers jours de la présence des étrangers dans la ville, réunis dans l’enceinte de l’ambassade de France, avant d’être expulsés vers la Thaïlande. Du fait de sa maitrise de la langue khmer, il assiste le consul de France et quitte le pays définitivement en 1975. Témoin privilégié de cette époque.

ARAGON : Les chambres

Dernier recueil de petits poèmes en vers libres publié de son vivant, en 1969,dans une période où Aragon est désenchanté, mélancolique. Poème du temps qui ne passe pas. Aragon , qui en avait commencé l’écriture en 1967, l’a , dans une courte postface « explicitement dédié à Elsa » qui devait mourir moins d’un an après sa parution, « parce que tout passe mais non le temps d’avoir aimé, d’aimer encore jusqu’à ce souffle dernier, bientôt, ce dernier mot proche et terrible » Evoquant ce  recueil Aragon disait « c’est le dernier cadeau que j’ai fait à Elsa, histoire d’amour que tout où  n n’a pas été si ensoleillée qu’on se plaisait, qu’on se plait à le croire, qu’il y a eu des journées comme celle-là où je t’avais perdue dont il est question dans « Les Chambres ».

Cécile Chabaud : Rachilde homme de lettres 

1884, vent de scandale sur Paris : une romancière de vingt-quatre ans donne à lire une œuvre sulfureuse, toute de cruauté et de perversion, fondée sur la  confusion des genres. Cette jeune femme, c’est Rachilde, une vierge provinciale, débarquée de son Périgord sur les conseils de Victor Hugo. Elle traîne avec elle le souvenir d’un père militaire qui lui reprochait de ne pas être un garçon. Autour d’elle ses amis : Sarah Bernhardt, Paul Verlaine, Jean Lorrain, toute la bohême fin de siècle qui la proclame « Reine des Décadents » Confrontée néanmoins à la censure d’une société misogyne, elle portera costume, coupera ses cheveux et se fera appelé « Homme de Lettres »Atmosphère superstitieuse et sombre de la campagne périgourdine, univers enfumé et pittoresque du  Paris artistique de la fin du 19ème siècle, ce roman fait revivre l’une des grandes figures littéraires de la Belle Epoque et ouvre la voie aux auteures qui va aussi à l’encontre des idées actuelles sur la femme : elle est antiféministe !

Bernhardt SCHLINK : Olga

Poméranie , dans l’est de l’Empire allemand, à la fin du 19ème siècle. Depuis que la fièvre typhoïde a emporté ses parents, Olga vit chez grand-mère, dans un village coupé de toute modernité. Herbert est le fils d’un riche industriel et habite la maison de maître. Tandis qu’elle se bat pour devenir enseignante, lui rêve d’aventures et d’exploits pour la patrie. Amis d’enfance, puis amants, leur idylle résiste à l’opposition de la famille d’Herbert et à es voyages lointains. Il participe au massacre des Herero dans le sud-ouest africain allemand, voyage en  Russie et en Amérique du Sud, mais revient chaque fois retrouver Olga, qui a entretemps obtenu un poste de maîtresse . Quand il entreprend une expédition en Arctique, Olga reste sans nouvelle. La Première Guerre Mondiale éclate, puis la Deuxième. A la fin de sa vie Olga raconte à un jeune homme qu’elle considère comme un fils. Ce n’est que plus tard que celui-ci apprendra la vérité sur cette femme d’apparence modeste. Basé sur le journal du vrai Herbert Schröder-Stranz, explorateur allemand méconnu. Magnifique portrait de femme dans la tourmente des deux guerres et de son amour qui n’a jamais cessé de l’accompagner.

Valentine GOBY : L’Ile Haute

Un jour d’hiver, en 1943, le jeune Vadim, petit parisien de douze ans, gamin des Batignolles, inquiet et asthmatique, est conduit par le train vers un air plus pur. Il ignore tout des gens qui vont l’héberger, quelque part dans un repli des hautes montagnes. Il est transi de fatigue quand, au sortir du wagon, puis d’un tunnel – l’avalanche a bloqué la voie – il foule la neige épaisse et pesante, met ses pas dans ceux d’un inconnu. Avance vers un endroit dont il ne sait rien. Ouvre bientôt les yeux sur un décor qui le sidère, archipel de sommets entre brume et nuages, hameau blotti sur un replat. Immensité enivrante qui le rend minuscule. Là tout va commencer, il faudra apprendre : surmonter la séparation, passer de la stupeur à l’apprivoisement, de l’éblouissement à la connaissance. Confier sa vie à d’autres, à ceux qui l’accueillent. Ce roman est le récit initiatique d’une absolue première fois, d’une découverte impensable, paysage qui emplit le regard jusqu’à l’irradier d’humilité et d’humanité. Images et perceptions qui nous traversent comme autant d’émotions, nous élèvent vers ces ailleurs bouleversants, ces montagnes dont la démesure change et libère les hommes et sauve un enfant.

Rosa Maria Unda Souki : Ce que Frida m’a donné

Dans la chaleur de l’été 2019, Rosa Maria Unda Souki devrait être plongée dans les préparatifs de son exposition à venir. Recluse au Couvent des Récollets, entre vertige du doute et farouche détermination, elle tarde à rédiger le texte destiné au catalogue, à penser l’agencement des tableaux – toujours en cours d’acheminements depuis le Brésil. Dans l’attente, elle retrace ce qui l’a menée là, comment elle a consacré cinq ans à la figure emblématique de Frida Kahlo en peignant sa célèbre Maison Bleue, constituant une œuvre picturale d’une richesse saisissante. En quête d’elle-même, l’artiste renoue avec une Frida intime, comme si les clés pour se retrouver elle-même étaient aussi celles qui permettent de comprendre Frida. Rosa Maria investit les espaces, présents et passés : l’atelier ou elle réside à Paris, le lieu de cette exposition en cours mais aussi la maison de sa propre enfance à Guama, au Venezuela. Elle cherche à rendre l’écho des voix, celle de son père disparu, celle du pays dont elle s’est exilée, celle de Frida.

Prochaine rencontre, toujours au Café des Deux Gares, le jeudi 12 janvier 2023

Bonnes lectures et à bientôt