Samedi de 15 à 16h « Méandres et difficultés de la biographie historique » avec Christophe Granger

Rencontre avec l’auteur animée par Dominique Mariette.

L’Ouvrage : Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie 1780-1822 Anamosa

MÉANDRES ET DIFFICULTÉS DE LA BIOGRAPHIE HISTORIQUE

Écrire une biographie historique, pas si simple

Ce Joseph Kabris naît aux alentours de 1780 à Bordeaux, un des grands ports européens alors ouverts sur le monde. À 15 ans, Joseph s’engage sur un baleinier anglais. À proximité des Iles Marquises, dans le Pacifique sud, il s’échappe et rejoint l’une d’entre elles, Nuki Hiva, où vit une société où sévit le cannibalisme. Rassurons-nous, il n’y sera pas mangé. Mais, sans que lui-même ne devienne cannibale -on a ses raffinements- il intègre de nombreux aspects des mœurs de la société locale. Plusieurs années plus tard, un navire russe le récupère. Via un long séjour à Saint-Pétersbourg, il finit par rejoindre la France. Ses « tatouages » lui permettront plus ou moins de survivre comme homme de foire. Il meurt en 1822.

Ce livre n’est pas un roman sur un parcours très original dont on connaît quelques éléments par un livre qui est paru de son vivant. Il est une réflexion très approfondie sur la difficulté de reconstruire le parcours d’un individu, sur une vie, ce qu’il est commun d’appeler une biographie.

J’ai utilisé à dessein le terme de « roman ». Car la biographie que nous avons l’habitude de lire et qui connaît un grand succès est un roman. Un des très grands maîtres en la matière fut Stefan Zweig (Fouché, Marie-Antoinette…). Le génie de Zweig est, à partir finalement de peu d’éléments, mais autour d’un trait fondamental, de reconstruire la dynamique d’une vie et le roman d’un parcours plausible.

C’est bien autre chose que nous offre Christophe GRANGER. Il est l’ouvrage d’un historien et d’un sociologue, et la juxtaposition de ces deux termes n’est pas un détail. Son livre mène une réflexion très particulière et particulièrement riche. Sa problématique centrale est la suivante : comment peut-on expliquer le cheminement d’une vie confrontée à certains moments à des choix importants dont les possibilités de choix sont multiples. D’où le sous-titre de l’ouvrage « Les possibilités d’une vie 1780-1822 ».

Nous voilà entre « déterminisme relatif » et « libre arbitre », entre le « serf arbitre » et le « libre arbitre » d’Érasme.

Mais Christophe GRANGER va plus loin dans cette question du choix. Ainsi, à chaque étape importante de la vie tumultueuse de Joseph KABRIS, différentes possibilités s’offraient à lui. En quoi son époque, son parcours, son expérience pouvaient-ils influer sur son aptitude à y faire

face, un choix engageant le suivant ? Cette capacité lui permettant de s’adapter à des situations pourtant si nouvelles.

Certes, la lecture du livre de Christophe GRANGER demande beaucoup d’attention et ne se lit donc justement pas comme un roman, mais il est très riche d’une réflexion essentielle sur la compréhension historique. Cette fois, non pas sur le cours du mouvement d’une société, mais sur le parcours d’un individu, en l’occurrence celui, exceptionnel, d’un homme s’intégrant réellement à une société si différente de celle qu’il avait quittée à 15 ans. Dominique M.

Dominique M.

Une biographie, ce sont de multiples possibilités. Et au bout du compte, le monde s’agrandit un peu de la compréhension d’une vie, surtout quand elle est aussi peu ordinaire.