Résistance au Château des fous !

À 15 h 30

Avec Didier DAENINCKX pour son livre Caché dans la maison des fous, Bruno DOUCEY son éditeur et Philippe ARTIERES, historien (CNRS). Animé par Patricia VIOUX.

Résistance au Château des Fous !

 

En 1943, au plus sombre des années noires qui virent des milliers malades mentaux mourir de faim, de détresse et d’abandon dans les hôpitaux psychiatriques, en Lozère, dans un pauvre village du Gévaudan rendu célèbre par sa bête chimérique, à Saint-Alban-sur-Limagnole, dans des conditions de rudesse extrême, deux psychiatres, François Tosquelles, l’anarchiste catalan et Lucien Bonnafé, le communiste surréaliste, ne se résignent pas.

Face à l’engloutissement, avec défi, les deux complices unis par cette amitié que le philosophe Jean Pierre Vernant définissait comme ce qui implique toujours des affinités relatives aux choses essentielles* organisent un haut lieu de résistance à la fureur qui se déchaîne sur le monde.

Dans ce lieu-dit que François Tosquelles nommait asile, terme préféré à celui d’hôpital psychiatrique en ce qu’il renvoie au sens premier d’hospitalité, vont se croiser des fous, des proscrits, des insoumis et des réfugiés : Auguste Forestier, schizophrène trop amoureux des trains avec ses incroyables poupées faites de bric et de broc, Denise Glaser, jeune résistante juive qui deviendra une grande dame de la télévision, Eugène Grindel alias Paul Eluard, poète en clandestinité avec, dans ses bagages, Liberté son chant claquant comme un étendard, Nusch, égérie de Man Ray devenue la compagne d’Eluard.

Des hommes et des femmes prétendument incurables, des maquisards combattants d’un réseau clandestin et des bonnes sœurs compatissantes d’un ordre caritatif sont là aussi. Toute une communauté en somme qui, en dépit de toutes les difficultés du quotidien, s’affaire, lutte, existe.

Se tissent alors les brins d’une aventure humaine d’une audace folle qui trouve sa source dans le refus d’abdiquer et d’abandonner tout espoir.

Saint-Alban deviendra ainsi le creuset d’un courant, la psychothérapie institutionnelle qui perdurera après la guerre et constituera une référence primordiale. Jean Oury, Franz Fanon viendront s’y former et prolongeront dans d’autres lieux l‘expérience saint-albanaise qui irrigue encore aujourd’hui des pratiques thérapeutiques.

Mais Saint-Alban ne se réduit pas au seul champ psychiatrique.

Par les hypothèses qui y ont été travaillées et les décloisonnements  qui s’y sont opérés en libérant les corps de l’enfermement et la parole de la nasse de l’oubli, Saint-Alban nous parle d’une voix toujours actuelle.

Dans une effervescence créatrice, en conjuguant insoumission et innovation, un ferment aux possibilités infinies nous est légué : celui, utopique, d’édifier une autre vie – tout simplement.

 

*Mythe et politique