CAFE LITTERAIRE
On en a parlé le 12 MARS 2026

Sylvie LE BIHAN : L’ami Louis : « Tu vois, Albert et moi, on ne s’est pas connu, on s’est reconnu. Il m’a sauvé….car il est arrivé dans ma vie à un moment où je croyais le bonheur impossible ». En 1976 Elisabeth Daguin est engagée par Bernard Pivot pour préparer une émission d’Apostrophes sur Albert Camus. Ses recherches la mène au grand ami du prix Nobel de littérature : Louis Guilloux, le fameux auteur du « Sang Noir », esprit libre, compagnon d’une génération d’écrivains, prix Renaudot 1949 et qui vit à Saint-Brieuc, oublié de tous. A son arrivée en Bretagne, Elisabeth rencontre un homme réservé qui se méfie des journalistes. Au fil de leurs échanges, elle découvre le don de « l’ami Louis » pour l’empathie et la fraternité. Magnifique histoire d’amitié, traversée du XXème siècle littéraire et un hommage vitrant aux « petites gens », à la classe populaire dont Camus et Guilloux étaient les fidèles enfants.

Anna HOPE : NOS HERITAGES : le richissime Philip Brooke vient de mourir, laissant derrière lui un patrimoine grandiose : le plus beau manoir du Sussex, datant du 18ème siècle entouré d’un domaine luxuriant de centaines d’hectares. Mari volage, père absent, il n’est regretté ni de sa femme ni de ses trois enfants. En revanche sa vaste fortune déclenche des conflits galopants dans sa famille. Jusqu’à l’arrivée de Clara, jeune universitaire américaine, qui, lors du déjeuner qui suivra les funérailles, fera des révélations sur l’origine de cette fortune. Le roman nous plonge dans les arcanes fascinants d’une famille d’aristocrates britanniques tiraillée par l’argent et les secrets du passé.

John BOYNE : Le syndrome du canal carpien : quelle invention merveilleuse que le téléphone portable : 188 grammes de métal, de verre et de plastique enveloppés dans un écrin brillant, à la fois porte ouverte sur d’autres mondes et arme perfide entre les mains des imprudents. Les Cleverley sont britanniques, célèbres et riches. Ils n’ont aucune conscience de la fragilité de leurs privilèges, alors qu’ils ne sont qu’à un tweet du désastre. Georges, le père est un animateur de télévision, sa femme Beverley, une romancière reconnue (pas autant qu’elle le souhaiterait) et les enfants Nelson, Elisabeth et Achille, frôlent tous d’inéluctables catastrophes. Ensemble, ils découvrent les affres de la vie moderne, où les réputations sont détruites en un clin d’œil, et ils apprennent combien le monde se révèle impitoyable lorsqu’on s’écarte du chemin tout tracé. Portrait irrésistible de notre époque et de ses travers.

Philippe SANDS : 38 rue de Londres : dans la soirée du 16 octobre 1998, le dictateur chilien Augusto Pinochet est arrêté dans une clinique de Londres. Après un règne brutal marqué par des assassinats, des disparitions et des tortures dans le centre de détention et d’interrogatoire situé « 38 rue de Londres », à Santiago, il est inculpé de crimes de génocide, de tortures, de terrorisme international et d’enlèvements. Les juges britanniques se prononcent en faveur de son extradition vers l’Espagne, mais celle-ci sera levée plus tard pour raisons de santé. Pinochet regagnera le Chili. Le 3 décembre 1962, l’ancien commandant SS Walter Rauff, responsable des horreurs commises dans les fourgons à gaz mobiles est arrêté à Puntas Arenas au sud du Chili ; il est inculpé pour le meurtre en masse de dizaines de milliers de juifs, mais son extradition est refusée par la Cour Suprême du Chili. Ces criminels hors du commun vont-ils répondre de leurs actes ?

Emma DONOGHUE : Le pavillon des combattantes : En 1918, dans un hôpital de Dublin, la Première Guerre mondiale et l’épidémie de grippe espagnols font des ravages. Les malades et les blessés affluent, les moyens manquent, et le personnel médical est de plus en plus restreint. C’est dans ce contexte chaotique que Julia Power, une jeune infirmière, va devoir s’occuper de parturientes atteintes de la grippe. Le roman construit comme un huis clos , raconte trois jours dans cette petite salle où vont se succéder quelques femmes issues de milieux sociaux très différents. Durant ces trois jours, Julia est aidée par Bridie Sweeney, une jeune femme volontaire, bénévole, pleine de courage, de motivation, qui ne ménage pas ses efforts pour aider autant qu’elle le peut. Parfois, le docteur Kathleen Lynn, une femme très active par la police, passe pour prodiguer de précieux conseils. Dans ce roman l’auteure parle de ces femmes, ces combattantes, mais aussi d’une Irlande déchirée, de l’absence d’éducation sexuelle pour les jeunes filles qui les rendait vulnérables.

JUDITH PERRIGNON : L’Autre Amérique : « Alors que D. Trump ébranle la démocratie aux Etats-Unis, comment ne pas entendre résonner les mots de Franklin D. Roosevelt au mois d’octobre 1936 : « nous savons maintenant que le gouvernement des milieux financiers est aussi dangereux qu’un gouvernement mafieux ». Ce discours a été prononcé quand le totalitarisme puis la guerre s’emparaient d’un monde mis à genoux par un capitalisme sans contrôle, et construisait la ligne de front entre un gouvernement protecteur et les maîtres de l’économie. Il est donc d’une grande actualité. D. Trump n’est pas un accident de l’histoire américaine, il incarne la toute-puissance du « business », de l’homme blanc riche et au-dessus des lois, tout ce que Franklin et Eleanor Roosevelt combattirent pendant douze ans. Ils écrivirent le moment le plus progressiste de l’histoire des USA.

Caryl FEREY : Les nuits de San Francisco : Sam, Sioux Lakota de la tribu Oglata, erre à travers les rues de San Francisco, après avoir quitté la misère de sa réserve et tente sa chance à San Francisco, avant la crise. Sans emploi, sans espoir, il noie son ennui tous les soirs dans l’alcool, à la dérive sur les trottoirs de la ville. Un soir il croise Jane, une jeune femme dotée d’une prothèse d’acier à la place de la jambe. Elle est originaire de Fresno, plusieurs fois élue « ville la plus bête d’amérique » et n’a pas été épargné par la vie. Ils passent la nuit à se découvrir entre les bars de Haight-Ashbury et la colline de Bella-Vista Park. Ce coup de foudre les emporte et leur virée nocturne prend des allures d’adieux à la vie.

Line PAPIN : Une Vague : Ana et Auguste forment un couple parfait. Tout juste mariés, ils profitent du soleil balinais : Ana admire l’océan Indien tandis qu’Auguste peint. Soudain tout s’effondre : un tremblement de terre survient et, dans la panique, Auguste court récupérer sa toile, lâchant la main d’Ana. Après le passage du tsunami, le jeune homme reste introuvable, et comme les autres disparus, arrachés à la terre ferme, les autorités le déclarent bientôt décédé. Des années plus tard, la toile réapparait entre les mains d’une commissaire-priseur à New York.

Christophe BOLTANSKI : King Kasai : Collection Une nuit au Musée. «
A quel spectacle me convie-t-il ? Celui d’un vieux mâle solitaire ? d’une espèce en voie de disparition ? Ce pachyderme me tend un miroir, certes déformant, mais qui, en grossissant les moindres détails de de ma personne, agit comme un puissant révélateur. Le résultat n’est pas terrible. Un musée des autres nous informe d’abord sur nous-même ». King Kasaï est le nom d’un éléphant empaillé qui fut longtemps le symbole du Musée Royal de l’Afrique centrale, situé près de Bruxelles. C’est devant le « roi du Kasaï » et près d’un Léopold II à la gloire déboulonnée, dans cette ancienne vitrine du projet colonial belge aujourd’hui rebaptisé Africa Museum, que l’auteur passe la nuit. En partant sur les traces du chasseur qui participa à la vaste expédition zoologique du Musée et abattit l’éléphant en 1956, l’auteur s’aventure au cœur des plus violentes ténèbres, celle de notre mémoire.

Sandrine COLLETTE : Les larmes noires sur la terre : Après une succession de mauvaises décisions et de mauvaises rencontres teintées de « pas de chance » Moe finit à la rue flanquée de son nourrisson. Elle se fait embarquer par les services sociaux et tombe dans l’enfer de la Casse, une ville de miséreux logés dans de vieilles carcasses de voitures. Un effondrement. L’espoir viendra avec cinq femmes qui s’épaulent pour affronter la noirceur de leur vie et qui vont adopter Moe et son gamin. Leur force, c’est leur cohésion et leur lucidité. Ensemble, elles vont tentées de s’en sortir. Mais à quel prix ? Roman noir plein d’humanité.

Andrea BAJANI : L’Anniversaire : « Tu reviendra nous voir ? » Dix ans après avoir définitivement tourné le dos à ses parents, un homme peut enfin raconter les raisons de cette rupture. Sans accuser, ni absoudre, il ausculte avec une saisissante précision les dynamiques d’un foyer rongé par une autorité toute-puissante. Dans ce huis clos feutré, où la violence s’insinue sans éclats, les mots sont des dagues enfoncées dans la chair, et l’emprise est pavée de bonnes intentions. Le roman dessine les contours d’un enfer domestique dont seul un geste radical peut permettre de se sauver.

Edouard LOUIS : L’Effondrement : Septième roman d’Edouard Louis, point final de sa fresque familiale commencée avec En finir avec Eddy Bellegueule, l’auteur cherche à découvrir son frère homophobe, qui lui était si étranger. Son frère a passé une grande partie de sa vie à rêver. Dans son univers ouvrier et pauvre où la violence sociale se manifestait souvent par la manière dont elle limitait les désirs, lui imaginait qu’il deviendrait un artisan mondialement connu, qu’il voyagerait, qu’il ferait fortune, que son père, qui avait disparu, reviendrait et l’aimerait. Ses rêves se sont heurtés à son monde. Il voulait fuir sa vie plus que tout mais personne ne lui avait appris à fuir.

Laurent MAUVIGNIER : La maison vide : En 1976, mon père a rouvert la maison qu’il avait reçue de sa mère, restée fermée pendant vingt ans. A l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’Honneur, des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux. Une maison peuplée de récits, où se croisent deux guerres mondiales, la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle, mais aussi Marguerite, ma grand-mère, sa mère Marie Ernestine, la mère de celle-ci, et tous les hommes qui ont gravité autour d’elles. Toutes et tous ont marqué la maison et dont été progressivement effacés. J’ai tenté de les ramener à la lumière pour comprendre ce qui a pu être leur histoire et son ombre portée sur la nôtre.






