Cafe littéraire du 14 avril 2026

Le chant d’Haïganouch, Ian MANOOK LDP, 2023
C’est la suite de l’oiseau bleu d’Erzeroum
En 1947, comme des milliers d’Arméniens, Agop, répondant à l’appel de Staline, du Parti Communiste français et des principales organisations arméniennes de France, embarque pour URSS. Mais au bout du voyage, c’est l’enfer soviétique qu’il découvre et non la terre promise.
Sur les bords du lac Baïkal, Haïganouch, une poétesse aveugle, séparée de sa sœur lors du génocide de 1915, aujourd’hui traquée par la police politique, affronte elle aussi les tourments de l’Histoire.
Leurs routes se croiseront plus d’une fois, au fil d’une odyssée où la peur rencontre l’espoir. Vont-ils réussir à retrouver leurs familles ? Même si l’on trouve quelques invraisemblances dans ce livre, le récit est émouvant et terrible à la mesure du de ce qu’ont subi et subissent encore les Arméniens. (selon Alsviet, la vision de l’auteur est « occidentale »…)

La librairie des cerisiers en fleurs Takuya ASAKURA 2025
Nichée au cœur de délicats pétales roses, la librairie des cerisiers en fleurs dégage un charme ancien et l’odeur apaisante du café fraîchement préparé. Ici, Sakura, la mystérieuse propriétaire, et sa chatte Kobako, accueillent 3 personnages en quête de réconfort et de guérison, les aident à affronter leur tristesse grâce au pouvoir des histoires. Parviendront-elles à guérir chacun de ceux qui franchissent leur seuil ?
Une ambiance entre Maupassant et les contes… Une lecture douce et réconfortante, parfaite lorsque l’on cherche un roman qui apaise.
(a priori les critiques ne sont pas terribles mais Alviet nous l’a présenté parce qu’une collègue l’avait traduit et voulait savoir ce qu’elle pensait de son travail… qu’elle valide !)

La révolution de l’épigénétique 2018
Pierre-Henri Gouyon, Claudine Junien, David Khayat, Dean Ornish, Joël de Rosnay
La journaliste Valérie Urman a composé ce livre à partir d’entretiens avec des scientifiques aux spécialités différentes. Entre ces entretiens, de petits textes, font le lien par une synthèse de l’entretien précédent et une introduction à l’entretien suivant.
L’épigénétique est ce nouveau domaine de la connaissance qui montre que notre environnement, c’est à dire notre mode de vie, notre alimentation, notre niveau d’activité physique, notre stress, nos relations sociales, sont capables de modifier la façon dont nos gènes s’expriment. Cet ouvrage accessible en explique les conséquences sur la transmission sur notre descendance et ouvre des pistes.

Mon vrai nom est Elisabeth Adèle YON 2025
Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet.”
Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : l’enquête familiale, le récit de soi, le road-trip, l’essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l’hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d’une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.

Comment parler baleine, l’incroyable avenir de la communication animale Tom MUSTILL
Baie de Monterey, Californie, septembre 2015. Tom Mustill, réalisateur de documentaires et biologiste, embarque sur un kayak pour observer les baleines. L’excursion touche à sa fin lorsque soudain, une baleine à bosse jaillit hors de l’eau et heurte violemment le kayak. Pourtant, contre toute attente, elle leur laisse la vie sauve. Bouleversé, Tom Mustill cherche à comprendre : comment a-t-il survécu ? La baleine l’a-t-elle délibérément évité ? Serait-il possible de communiquer avec elle ?
Répondre à ces questions devient dès lors son obsession. Il le fait dans ce livre passionnant, nous guidant à travers l’univers incroyable des cétacés. Brossant un panorama exhaustif des recherches sur la communication animale (utilité de l’IA…), il avance cette hypothèse, plus que probable : et si, dans un avenir très proche, nous parlions baleine ?
Le livre est dense, chaque chapitre est construit autour d’un thème. C’est émouvant, intéressant et nous incite à réfléchir, à prendre conscience de tout ce qu’on ne connait pas du monde animal.

Danse avec tes chaînes Anaëlle JONAH 2025
Ils s’appellent Michel, Patricia, Marie-Thérèse et Joseph. Arrachés brutalement à la douceur de l’enfance, les voici loin de chez eux, désemparés. Ils ont froid. Un adulte plein de sérieux leur avait parlé de Notre-Dame de Paris, mais très vite ils se retrouvent en pleine campagne, dans une ferme. Le même adulte avait aussi parlé d’école, cependant il s’agira surtout de soigner les bêtes, entretenir la maison, faire le ménage. Est-ce une nouvelle forme d’esclavage ? Qui a permis cela dans cette glorieuse République française dont on leur a naguère chanté les vertus ? Le roman raconte les parcours différents d’un frère et d’une sœur, entrelacé de chapitres racontant leur retour sur l’île de la Réunion, quarante ans après, à l’occasion d’une cérémonie de commémoration.
Un épisode sinistre et méconnu de l’histoire de France, au cours duquel des milliers d’enfants furent enlevés à leurs familles pour repeupler certaines régions en proie à la dénatalité et à l’exode rural.
Ce roman très documenté, d’une belle écriture.
Anaëlle Jonah est journaliste.

Entre ciel et terre Jón Kalman STEFÀNSSON 2010 (Tome 1 sur 3)
Parfois, à cause des mots, on meurt de froid. Comme Bardur, pêcheur à la morue islandais, il y a un siècle. Trop occupé à retenir des vers du Paradis perdu de Milton, il oublie sa vareuse en partant en mer. De retour sur la terre ferme, son meilleur ami, inconsolable, entame un périlleux voyage pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, le livre funeste. Pour savoir aussi s’il veut continuer à vivre.
L’histoire se déroule il y a un siècle. C’est un livre sur la douleur et l’amitié, sur la cruauté d’un monde si rude.

La fabrique Simone VAN DER VLUGT 2020
Amsterdam, 1892. A la mort de son père Lydia découvre un carnet dans elle comprend qu’il projetait la création d’une fabrique de fromage moderne, actionnée à la vapeur. Contre toute attente, elle se promet de réaliser ce projet un peu fou. L’époque interdisant à une femme seule de mener une telle entreprise, Lydia trouve de l’aide auprès d’un fermier de la région, Huib. À eux deux, et malgré leurs origines sociales différentes, ils comptent bien construire la plus grande fabrique de fromage de la région, et peut-être trouver en chemin plus que le succès…
Anvers, 1914. Nora, fille unique de Lydia, après une dispute avec sa mère, a trouvé refuge en Belgique, dans les bras de son jeune époux. Mais la Première Guerre mondiale frappe aux portes de son pays d’adoption.
Un roman sur la lutte de femmes pour leur émancipation. C’est facile et agréable à lire et la première partie sur cette femme qui décide de diriger elle-même une entreprise est très intéressante. La seconde partie sur sa fille est plus romanesque mais c’est aussi l’histoire d’une femme qui lutte pour sa liberté.

La femme de l’allemand Marie SIZUN 2007
L’une est la mère, Fanny, l’autre la fille, Marion. Elles vivent ensemble dans ce Paris de l’après-guerre. Fanny est une mère célibataire, et sa relation avec sa fille est fusionnelle. Elle lui parle vaguement de son père, l’Allemand, qui est mort. Tout pourrait être normal mais une ombre rôde, une dissonance s’installe. Fanny est malade. Parfois elle va mieux. Elle a des hauts et des bas. Elle chante fort, elle ressemble à une folle. Elle fait peur à Marion qui voit bien que sa maman ne ressemble pas aux autres… Puis elle comprend : Fanny est « maniaco-dépressive ». Les rôles s’inversent alors.
Marie Sizun a une écriture magnifique. L’histoire est racontée par Marion, de son enfance à l’âge adulte. Durant toutes ses années, elle va tenter de s’émanciper de cette relation si difficile pour se construire une vie à elle.






