Coups de coeur confits

MARS AVRIL 2021

Une Femme : Annie ERNAUX : le lundi 7 avril 1986, la mère d’A. Ernaux s’éteint dans une maison de retraite. En trois ans , une maladie cérébral, qui détruit la mémoire, l’avait mené à la déchéance physique et intellectuelle. Frappée de stupeur par cette mort que, malgré l’état de sa mère, elle s’était refusée à imaginer, A. Ernaux s’efforce de retrouver les différents visages et la vie de celle qui l’image même de la force active et de l’ouverture au monde. Quête de sens de l’existence d’une femme d’abord ouvrière puis commerçante anxieuse de tenir son rang, passionnée de lecture et pour qui s’élever « c’était d’abord apprendre ». C’est aussi la mise au jour de l’évolution et de l’ambivalence des sentiments d’une fille envers sa mère.

Confidences : Alphonse de LAMARTINE : On fait grimacer indignement l’histoire depuis 15 ans sur ce retour de Bonaparte à Paris aux applaudissements de la France. C’est un mensonge convenu qui n’en est pas moins un grossier mensonge. La France entière, la France qui pense et non pas la France qui crie, sentait parfaitement que le retour de Bonaparte amenait le retour du régime militaire et de la tyrannie. L’armée enleva la nation, elle oublia la liberté pour un homme : voilà la vérité. Mais il y a une histoire plus vraie que celle écrite pour flatter son siècle, celle-là parlera un autre langage que les thuriféraires du grand peuple et du grand soldat. L’empire aura son Tacite et la liberté sera vengée.

Les mille visages de Sartre : Sophie RICHARDIN :Il était l’homme de toutes les contradictions : séducteur impénitent à la laideur assumée, bourgeois de naissance mais ardent défenseur du prolétariat, marxiste convaincu haï des communistes. Mais Sartre est aussi d’une drôlerie méconnue, bon vivant jusqu’à l’excès. Intellectuel et figure de proue d’une génération avide d’action et de jouissance, sa vie est autant rythmée par les soirées animées de saint-germain et la valse rieuse des amours que par les discussions politiques et les débats philosophiques  enflammées, Sartre n’est pas un penseur enfermé dans sa tour d’ivoire : il s’engage, prend position sur les évènements politiques les plus contemporains, qui à embrasser les errances d’un monde en pleine évolution.

Hubertine AUCLERT  : journal d’une suffragiste : Adolescente, Hubertine AUCLERT (1848 – 1914) avait envisagé de prendre le voile, mais les religieuses n’avaient pas voulu d’elle. Elle se tourne alors vers un autre sacerdoce, la cause des femmes. Il y a fort à faire comme elle le confie à son journal : exclues de la citoyenneté, privées de leurs droits civils, interdites de présence dans l’espace  public, soumises à un moralisme étroit, les femmes de la fin du XIXème siècle sont en outre, pour les plus vulnérables exposées à la prostitution. Pourquoi les hommes changeraient-ils les règles d’un jeu qui leur est si favorable ? H. AUclert estime que le combat doit commencer par le droit de vote et non par la conquête des droits civils. Engagée dans des recherches sur les féminismes de la seconde moitié du XIXème siècle, Nicole Cadène a retrouvé le journal longtemps disparu d’Hubertine Auclert, militante à la volonté inflexible.

Les enfants sont rois : Delphine DE VIGAN : A travers l’histoire de deux femmes aux destins contraires, Les Enfants sont rois explore les dérives d’une époque où l’on ne vit que pour être vu. Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, Delphine De Vigan offre une plongée glaçante dans un monde où tout s’expose et se vend, jusqu’au bonheur familial.

Un Promeneur solitaire dans la foule : Antonio  MUNOZ MOLINA : prix Médicis 2020. Muni d’un carnet, d’une paire de ciseaux et de son smartphone, l’auteur marche dans New YORK , Madrid, Lisbonne. Au fil de ses pérégrinations, des silhouettes surgissent tandis que d’autres s’esquivent et, soudain au détour d’une ruelle, apparaissent Baudelaire, Edgar Allan Poe ou Fernando Pessoa. Les pages s’écoulent au rythme de la vie, tel un immense collage de tout ce que le promeneur voit et entend : affiches, prospectus, bruits omniprésents des conversations, vacarme de la rue. Animé par la tentation de tout écrire, ce qu’il a vécu, écouté, rêvé, souffert, aimé ou lu, l’auteur laisse courir la mine de son crayon et sublimant les rebus de notre civilisation avide et destructrice, compose le grand poeme  de ce siècle. D’une voix profondément ancrée dans le moment du présent, cet éloge érudit de la flânerie nous invite à regarder et à écouter d’une autre façon et à célébrer la variété du monde.