IDFM 98

P.O.L., médiathèques d’Argenteuil,
je donnerai toujours dorénavant le parcours mes lectures, comment elles sont arrivées jusqu’à moi
Quand on suit même de loin les actualités littéraires, on n’a pu y échapper cet automne… J’ai lu plusieurs livres d’Emmanuel Carrère, mais celui-là, je n’avais bêtement pas trop envie… Et puis voilà, je l’ai lu, et je ne le regrette vraiment pas.
Ce pourrait être un beau livre sur le yoga et la méditation, je ne pratique pas, mais des millions le font, et apparemment avec satisfaction. Mais l’intérêt du livre est ailleurs…
Voilà qu’au yoga et à la méditation s’ajoute la vie de l’auteur au fil de son temps, que l’actualité avec Charly va bousculer, mais surtout la dépression qui lui tombe dessus, en l’occurrence des troubles bipolaires très marqués, bref des choses qui concernent bien des nôtres, et qui peuvent nous tomber dessus et brutaliser nos vies. La vie s’effondre, et tout ce que l’on avait anticipé de bonheur disparaît…
Un livre très attachant comme Emmanuel Carrère doit l’être, un livre très bien écrit comme il sait mener une histoire, en l’occurrence son histoire qui est un roman, et dont il fait des romans.
Qu’attend-on d’un livre ? Parmi d’autre, qu’il nous aide.
Et ce livre nous aide, nous faisant partager des états-d ’âme, des mal-être qui sont les nôtres. Et sur ces dérèglements du psychisme, c’est un livre aidant qui réussit à travers les méandres d’une vie difficile à nous donner le moral. C’est une belle réussite dans ces temps qui atteignent nos équilibres.
un choix de notre amie Catherine du Presse-papier d’Argenteuil
C’est une histoire, l’histoire d’une vie, vous l’avez deviné, celle de Rachel qui, enfant, aimait déjà raconter des histoires, et qui deviendra dramaturge. Une histoire des juifs de Palestine qui habitaient cet espace qui en un siècle a connu l’histoire tumultueuse, et je dirai l’histoire gâchée, que l’on connaît.
Une histoire qui à Jaffa se faisait côtoyer des familles juives et arabes, les unes et les autres parlant l’arabe dans le bonheur et la tranquillité de tous.
L’histoire de Rachel c’est celle d’une femme indépendante dont la vie va être bousculée par toute l’histoire de cet espace. L’histoire d’un espace turc au début du XXe siècle. La Première guerre mondiale propice au jeu trouble des alliances, des promesses, en l’occurrence celle de la déclaration Balfour qui promet l’établissement d’un foyer juif en Palestine, l’occupation anglaise, le sionisme, le fossé qui se creuse entre les communautés avec ses conséquences sur la vie de familles proches depuis toujours, les évènements de 1948, l’espoir collectif des kibboutzim, la Guerre de six jours de 1967, les rapports difficiles entre les immigrés ashkénazes et les populations anciennes sépharades… Et notre Rachel qui va être confrontés à tous ces évènements, elle qui voudrait être un pont entre deux mondes qui en Palestine sont en train de s’écarter.  
Une Rachel qui ne s’en laisse pas compter, et qui maintient ses convictions d’unité et de fraternité face à l’histoire d’un grand ratage qui bouleverse qui que ce soit, même s’il veut rester dans sa coquille, loin des évènements.

Éditeur : Sabine Wespieser. Conseil de lecture de la librairie indépendante La cédille de Lamballe, Côtes d’Armor. Une librairie qui s’est agrandie malgré nos temps difficiles… 
1955, un jeune Irlandais de moins 20 ans émigre. Irlandais de Belfast, protestant orangiste. L’espoir, émigration en Nouvelle-Zélande. Des jeunes, des bandes de jeunes… Et puis une sale histoire, la rencontre d’un autre jeune de vingt ans aussi, un drôle de type marqué déjà par la vie, l’affrontement entre deux individus, l’un, un jeune, mais plein d’espoir, le second plus déglingué. Cela se terminera par un drame. Un homicide de hasard. Albert Black sera condamné à être pendu et le sera.
Un beau nouveau livre sur le système judiciaire, et contre la peine de mort. Mais un livre magistral sur bien plus.
Sur l’immigration bien sûr, sur le rejet de l’immigré que l’on connaît bien nous aussi ici, stimulé de bien des côtés malveillants, sur la jeunesse, et cela a évoqué pour nous celle de ces jeunes de nos quartiers populaires en quête ou pas de points de repère d’un espoir de vie.
Et aussi, un autre aspect, comme l’air du temps modifie l’acceptation de telle ou tel comportement social. En l’occurrence, comment l’air du temps influe sur les décisions de justice. Et je ne peux qu’évoquer l’actualité. Je ne peux que mettre en relation l’arrestation de mon point de vue personnel honteuse des repentis militants d’extrême-gauche italiens ces jours derniers avec l’ambiance sécuritaire actuelle et la course à l’échalote actuelle sur ce sujet ?
En tout cas, aux lecteurs d’Albert Black d’y réfléchir. Ce roman nous y aide, sensible, intéressant, passionnant jusqu’au bout, même si l’issue fatale nous est connue dès le début. Avec de beaux personnages comme nous en rencontrons dans la vie vraie de chacun de nous, qui émergent et réconfortent lorsque les temps sont gris.
Emission IDFM 98 précédente
• Féérie générale, Emmanuelle Pireyre, Points, 2013
• Un cœur vaillant, Caterina Soffici, J’ai lu, 2021
• Miroir de nos peines, Pierre Lemaître, LDP, 2021